Avez-vous déjà assisté à la cérémonie d’« arrestation du successeur » (ca se dit « ŋgo njhʉŋgyɑ̄ » en dialecte Yemba de la langue bamiléké). Pourquoi un peuple aurait l’étrange idée de nommer un tel phénomène par le verbe « arrêter » plutôt qu’autre chose ?

Ça semble en effet bien curieuse cette cérémonie : soudain on attrape quelqu’un qui résiste, se bat de toutes ses forces, tente de s’échapper et du côté de sa famille maternelle (sa mère et ses frères et sœurs utérins) on pleure à chaudes larmes… Pourquoi ce rituel plutôt étrange face à ce qui aurait pu être plutôt une joie, une célébration d’être ainsi nommé principal bénéficiaire et administrateur des biens du défunt ?

J’ai entendu deux hypothèses de réponses jusqu’ici. La première hypothèse c’est qu’on pleure ainsi la lourdeur de la charge reçue avec tout ce que ça comprend comme responsabilités managériales (gestion des avoirs du défunt et de la large concession polygamique) et cultuelles (continuation des fonctions du père dans les sociétés secrètes à la chefferie, culte des ancêtres de la lignée, etc.). La seconde hypothèse c’est qu’on affirme ainsi ostensiblement son désintéressement vis-à-vis de la succession, pour ne pas être soupçonné d’avoir souhaité la mort du père ou d’avoir proactivement recherché à être successeur ; comme pour prouver aux yeux de tous, que « je n’y suis pour rien, c’est la dernière volonté du père qui est ainsi imposée à nous tous y compris moi ».

L’hypothèse que j’ajouterais c’est que, en effet, ce rituel de l’arrestation du successeur énonce et met en scène de façon théâtrale une valeur fondamentale de la société bamiléké : l’homme, tout homme, revendique et prétend pouvoir se construire seul par son propre travail. Être ainsi « surchargé » ou « stoppé dans son élan » par les acquis et responsabilités du père prive de cette indépendance ; empêche ou limite la possibilité de trouver sa propre voie, cheminer sur son proche chemin, se prouver seul et être un « self-made man ». Surtout que traditionnellement, toute l’éducation des enfants garçons bamiléké les préparait rudement (RUDEMENT dis-je : dans son livret intitulé « les Bamiléké de l’extérieur et leurs paradoxes » Jean-Phillppe Guiffo qualifie cette éducation traditionnelle de « spartiate ») dans cette perspective d’être des self-made men et ce pour une raison compréhensible.

En effet, un seul des garçons héritait presque en entier du patrimoine du père qu’il devait gérer exactement comme le père lui-même le faisait de son vivant. Tous les autres garçons devaient se faire eux-mêmes d’où donc l’impératif à la base de préparer tous les garçons dans l’esprit du self-made man. L’héritier soudain arrêté est donc quelqu’un qui a été conditionné à être un self-made man mais qui voit ce rêve brisé !

D’où les résistances et le pleures non seulement de sa part mais aussi de sa famille utérine qui comptait le plus sur lui en tant que self-made man. Or la succession leur dérobe l’exclusivité de cet enfant ou frère pour en faire le père de toute la concession polygamique.

Un article de Koudjou Nzinga Kimpa Vita

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