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Prof.Vincent-Sosthène FOUDA:”Jean Marc Ela n’était pas doué en langues, mais il avait appris toutes sortes de langues”

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Notre ami, notre père, notre collègue Jean-Marc Ela est décédé entouré de notre affection le 26 décembre 2008 entre 5H30 et 5H38, heure de Vancouver à la Columbia Royal Hospital des suite d’une longue maladie.

Il s’est endormi en disant tout simplement comme la vierge Marie, « Que ta volonté soit faite ».  Il s’était endormi paisiblement, avec au coin des lèvres un sourire angélique. Je crois qu’il avait alors retrouvé la paix ainsi que ses nombreux amis, Engelberg Mveng pour qui il a quitté le Cameroun, Pie Claude Ngoumou, Cheikh Anta Diop, Aimé Césaire et le monde des paysans de Tokombéré où il avait servi avec Baba Simon l’apôtre des Kirdi mais aussi Jean-Amougou Atangana son camarade au séminaire ainsi que les nombreux paysans de Ngoazip son village nalal.

En fait, malgré l’exil, il n’avait jamais oublié tout ce monde, il est resté profondément Camerounais et son cri a été le cri de l’inscription du Cameroun dans l’histoire. Jean Etoa de son vrai nom avant de prendre celui d’Ela sous lequel nous le connaissons aujourd’hui, quitte la scène au terme d’une carrière de 72 années pendant laquelle il avait réussi à s’installer dans une position privilégiée pour l’étude de problèmes premiers et difficiles de la société camerounaise.

Il devait ainsi à Emile Durkheim, le père de la sociologie et son maître, l’idée d’un ensemble de faits révélés par la vie des hommes en société, et celle d’un examen non seulement descriptif, mais explicatif de ces faits. Du domaine ouvert alors à sa curiosité il a amplement élargi les frontières grâce à la culture dont il s’était armé. Son savoir était immense. Il avait exploré l’anthropologie et en était devenu un, théologien il l’était aussi. Il a beaucoup voyagé et beaucoup lu. Il avait exploré les richesses d’une quantité de sociétés traditionnelles de ce pays qu’est le Cameroun afin de les rendre scientifiquement questionnables. Autrement dit, dans une société camerounaise enfermée dans les bibliothèques virtuelles, l’idée de Jean Marc Ela a été d’aller sur le terrain afin de nous obliger à être face à la société comme le physicien observant un phénomène
inconnu.

Il nous disait, que nous croyons connaître le monde social, mais nous ne savons rien du fonctionnement réel des institutions, des origines du droit et de ce qui fait tenir les individus ensemble. Il m’avait un jour envoyé écouter les homélies prononcées dans une dizaine de paroisse à Yaoundé un dimanche pour comprendre comment se structure le discours religieux en Afrique.

Jean Marc Ela n’était pas doué en langues, mais il avait appris toutes sortes de langues, le Mafa, l’hébreu ancien, l’hébreu talmudique, le grec et le latin; et on l’a vu expliquer dans le texte des documents sur la prière venus des tribus du Nord-Cameroun qui fut à la fois terre d’étude et terre de mission pour lui. Le Cameroun est plein aujourd’hui de ces hommes et de ces femmes qui passent le plus clair de leur temps à écrire à la marge des travaux des autres ; il viendra un temps des héritiers comme l’a annoncé Jean-Marc Ela, car oui, c’est avec Gervais Mbarga ancien journaliste de la CRTV et aujourd’hui professeur à l’université de Moncton que nous avons préparé le communiqué rendant public le décès de Jean-Marc Ela. C’est avec un pasteur de l’Église réformée que nous lui avons donné son dernier bain, taillé ses ongles. C’est avec le père Eloi Messi dominicain aujourd’hui décédé aussi et Joseph Marie Ndi Okalla aujourd’hui évêque de Mbalmayo que nous avons préparé le retour de sa dépouille au Cameroun. C’est avec Alain Blaise Batongué enfin que tous ces petits doigts se sont mis en branle pour imposer cette dépouille encombrante à l’église du Cameroun qui n’en voulait pas et à l’État du Cameroun qui la voulait le plus loin possible.

Jean Marc Ela est avec Henri Ngoa le père de la sociologie camerounaise portée par les Camerounais pour les Camerounais et pour le Cameroun. Ceci semble important pour beaucoup alors il vaut mieux le dire et l’affirmer sans vouloir y prendre une part de gloire que nous ne méritions pas.

L’ érudition de Jean-Marc Ela, (j’espère que mes camarades comme Roger Mbili, Anice Blaise Mbarga, Desiré Essama Owono, se souviennent encore des conférences de Jean-Marc Ela à l’Institut Saint Joseph Mukasa de Nkolbisson) l’avait aussi mis en mesure d’apporter une interprétation originale des faits. C’est ainsi, par exemple, que ses contacts avec les travaux de Levy-Bruhl, de Bergson, de Pierre Janet, lui avaient fait comprendre l’illusion de Durkheim, quand celui-ci croyait reconnaître dans toutes les formes de la pensée des primitifs les germes de la raison cartésienne ; et de là ont résulté ces analyses psychologiques d’une espèce nouvelle, rejoignant ainsi les travaux de Mauss transférés en Afrique et qui profite largement à la sociologie aujourd’hui.

L’esprit de Jean-Marc Ela n’avait rien de systématique. Reculant devant l’idée de composer un livre, il se répandait plus volontiers en une quantité d’études particulières même si celles-ci au final accouchaient d’un ouvrage. Mais le tour de sa pensée dénotait une permanence dans l’attitude qui est bien le signe d’une unité profonde. Il n’a pas publié en anthropologie qui fut sa discipline première, mais les travaux de sociologie de Jean-Marc portent la marque de son maître Louis-Vincent Thomas.

Jean Marc Ela n’a pas fondé une école de pensée, il n’avait pas de disciple. Il avait des camarades, qu’il entraînait dans son mouvement. Il faut l’avoir connu en sa jeunesse, quand, Jean-Marc Ela descendait de Tokombéré où il s’était « refugié », il rendait visite à ses cadets dans les maisons de formation de religieux, dominicains, jésuites essentiellement mais aussi chez les religieuses, celles de la Retraite ou des Filles de Notre Dame, dans les chambres d’étudiants, en une élégante simplicité qui faisait de lui un artiste. Sa conversation était proprement ravissante ; et, après son départ, nous lavions avec reconnaissance la tasse où il avait bu notre thé.

Nous l’avons connu aussi, hélas, en des temps difficiles, où il a supporté la souffrance avec un stoïcisme courageux et tranquille, qui s’ignorait. Il était sans haine : admirable vertu. Il était l’ami fidèle ; et l’on se sentait le cœur serré quand on n’était pas très sûr, l’ayant quitté, de lui avoir suffisamment marqué une affection qui répondît à la sienne.

Je me dois de le dire à l’âge de la maturité et du refus des grandes hypocrisie. J’aurai terminé quand j’aurai ouvert le dernier sentier que foula Jean-Marc Ela, celui de notre planète en rapport avec les migrations. Un jour il m’avait dit : Je voudrais te parler des exclus, notre planète en est pleine. ce qui ne veut pas dire que la planète est saturée par la démographie humaine, mais qu’il n’existe plus de territoire où exclus et persécutés puissent se réfugier. Tous sont assignés à résidence, parqués, occultés. La mondialisation a cette face sombre : la multiplication de rebuts humains dont personne ne veut plus tenir compte. Puisses-tu dans la raison, rencontrer une éthique contemporaine sans dogme et sans concession.

 

Prof.Vincent-Sosthène FOUDA

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