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Philippe Nanga : « Face à un gouvernement qui semble incapable d’écouter il faut mener une action forte »

Philippe Nanga, c’est près de 13 années dans les luttes sociales au Cameroun, notamment avec son Organisation, Un Monde Avenir, dont il est le coordonnateur. C’est dans les bureaux de cette organisation à Douala, qu’il a accepté de nous recevoir pour mieux cerner les contours des organisations de la société civile au Cameroun. Dans cette interview forte enrichissante, l’acteur social jette un regard panoramique sur les actions de la société civile. Il ne reste pas indifférent face aux questions de l’heure, notamment les crises sociales. « Nous sommes entrain de travailler et nous envisageons des actions d’envergure publique pour faire entendre nos voix sur des questions qui minent actuellement la société camerounaise, notamment la crise anglophone, la crise post-électorale qui perdure. Face à un gouvernement qui semble incapable d’écouter il faut mener une action forte de ce genre là », lance ce dernier. L’entretien est mené par Armand-Rodolphe Djaleu, le directeur de publication de lewouri.info

Philippe Nanga, vous êtes le coordonnateur de l’Ong Un Monde Avenir. C’est une organisation camerounaise de la société civile. Comment se porte-t-elle à ce jour ?

C’est une organisation qui résiste dans un environnement favorable à l’action citoyenne. Nous restons debout, tenant en main notre vision, respectant notre idéologie et nous avançons malgré les obstacles. Nous menons nos activités dans les dix régions du Cameroun avec une extension à l’internationale pour certaines activités puisque nous sommes membre de plusieurs réseaux à l’international. Tout cela pour construire un monde plus juste où les gens sont respectés, où les gens se sentent à laisse partout où ils se trouvent. C’est une Ong 100% camerounaise avec aucune déclinaison à l’internationale.

Si on jette une vue synoptique aujourd’hui sur la société civile camerounaise. Peut-on affirmer sans risque de se tromper qu’elle est assez crédible ?

Le terme société civile est déjà péjoratif. Je préfère que nous parlions des organisations de la société civile. Vous savez que la société civile c’est presqu’une nébuleuse parce qu’on met finalement tout le monde dedans. Vous êtes avocat, prêtre, pasteur et bien plus on dit que vous êtes de la société civile. Ainsi, je dois dire qu’au Cameroun les organisations de la société civile existent bel et bien dans un environnement très compliqué. Il se pose un problème de maitrise de ce domaine là.

Notre toute première activité à consister à la structuration des organisations dans un environnement comme le nôtre. Nous constations à l’époque qu’il y avait une floraison d’associations,  mais les leaders n’en savaient pas grand chose concernant la vie associative. C’est une confusion totale. Vous avez des associations qui pensent qu’il ne faut pas parler politique, ce qui est faut parce qu’une association doit impacter sur la vie des gens. Chez nous, il existe plusieurs associations mais avec très peu d’impact. Aussi parce que certains ont créé des associations par suivisme en copiant le business model des associations ayant pignon sur rue. Il y a des associations qui se hissent à des niveaux intéressants et leur activité sont visibles. Je cite dans la foulée ; Dynamique citoyenne, le Redhacc qui est une organisation internationale, nous avons la chance qu’elle soit basée au Cameroun. Etc…

Quelle est la relation qui peut exister entre le gouvernement et la société civile au Cameroun ?

Tout dépend des organisations de la société civile. Il est important de dire que quand on parle des organisations de la société civile, ce sont des groupes constitués non marchants, non partisans qui interagissent  au côté de l’État pour satisfaire au besoin des citoyens. Si j’analyse la situation actuelle du Cameroun, il y a deux types d’organisations de la société civile, voir même trois. Il y a des organisations qui accompagnent le gouvernement, il y a des associations culturelles qui mènent leurs activités au quartier, il y a des organisations qui travaillent dans le suivi des politiques publiques, vous avez là dedans les organisations de défense des droits de l’homme, des enfants etc.

Les organisations qui s’intéressent à la question des suivis publics dans notre pays sont confrontées à des difficultés énormes. Elles sont indexées comme des partis politiques de l’opposition. Un monde Avenir est souvent étiqueté comme proche des partis de l’opposition. Nous sommes là non pas pour féliciter le chef de l’État, mais pour voir qu’est ce qui n’a pas été fait et comment il aurait du être fait.

J’aimerais partager avec vous la vision 2035 du Cameroun, qui est une boussole pour l’émergence de notre pays. Il y a dans ce document, un chapitre sur le partenariat Etat et Société civile. Dans le chapitre 3, au point 5, il est mentionné qu’on reconnait 4 fonctions essentielles aux organisations de la société civile. La première  fonction est l’offre des services sociaux pour la lutte contre la pauvreté et la promotion sociale. La deuxième fonction est l’autorité morale pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel national, la promotion des valeurs communes… La troisième fonction est celle du creuset de la mobilisation et de la participation sociale. Pour finir, la quatrième fonction est celle de l’activité de veille pour la défense des droits humains en général et notamment sur les travailleurs, les femmes, les minorités et pour l’élargissement du processus de démocratisation. C’est l’Etat du Cameroun qui a produit ce document. Comment pouvons-nous être des chiens de garde de notre démocratie et vous pouvez voir qu’on brutalise les gens, on interpelle les gens et vous rester silencieux ?

Dans des pays comme le Sénégal on a vu la société civile prendre le devant de la scène avec les politiques pour barrer la route à Wade, peut-on espérer voir la même chose au Cameroun un jour ?

Les sénégalais ont conduit un processus qui à conduit à une alternance pacifique entre Abdoulaye Wade et Macky Sall. J’ai plusieurs amis au Sénégal, j’y vais d’ailleurs tout le temps, il avait intitulé ce processus Assisse Nationale. Laisses-moi-vous dire que cela a duré quatre ans. Ils ont travaillé dans les communes, les départements, pour arriver à un document national d’engagement. Dans ce document, il y avait des critères à remplir pour être président de la République.  C’est le Radeau,  qui est une organisation des associations de la société civile de l’Afrique de l’Ouest qui conduisait le processus.

Ce travail là,  se fait aussi,  parce que l’environnement est propice. Le gouvernement du Sénégal accepte que les organisations de la société civile jouent le rôle de veille pour la défense des droits humains. Pour qu’on arrive à ce qui se passe ailleurs, il faut un préalable. Il faut que les gens acceptent que la société civile se structure.

Le gouvernement n’entend pas avoir en face une société civile forte. Par conséquent, il travaille à affaiblir la société civile.  Regardez un peu, les partis politiques aujourd’hui, le gouvernement a réussi à affaiblir les partis politiques. C’est le même travail avec les associations. Vous avez un Monde Avenir, on va vous créer à côté d’autres organisations qui vont essayer de fragiliser votre action.  Cela ne veut pas dire que ce n’est pas possible. Depuis quelques temps, nous sommes entrain d’y travailler.

C’est un fait, lorsqu’on évoque le rôle de la société civile en Afrique, un double écueil menace l’analyste ; le romanisme d’une société civile qui viendrait heureusement se substituer à l’État, ou le cynisme, avec une société civile poursuivant des objectifs de rente et instrumentalisé par les États et les acteurs internationaux. Un Monde Avenir se situe à quel niveau de l’analyse ?

J’ai situé d’entrée de jeu la genèse d’un Monde Avenir, pour dire que nous ne sommes arrivés là pour capter les fonds. Nous sommes une organisation citoyenne   qui forme les citoyens de se prendre en main. Nous travaillons à construire un monde où, les droits de l’homme sont protégés. Nous sommes à notre 13èmes année d’existence nous sommes suffisamment bien structurés, nos organes fonctionnent, chaque année nous avons une assemblée générale. La recherche du financement n’est pas notre cause première. Il y a plusieurs activités que nous menons qui ne sont pas pris en charge par aucun de nos partenaires.

Quand je vais regarder les gens qui sont aux arrêts dans les commissariats aucun partenaire ne nous soutient. Nous intervenons pour beaucoup de personnes interpellées, qui ont des procès. Les membres d’un Monde Avenir qui sont avocats, s’engagent bénévolement à prendre en main des problèmes de certaines personnes indigentes qui n’ont pas de moyens.

Nous avons besoins certes de ces financements pour se mouvoir. Quand l’Union Européenne finance la société civile camerounaise à hauteur de 1 milliard,  elle finance l’État du Cameroun 400 milliards. Quand nous aurions un État normal, nous aurions des financements locaux. On n’a pas encore compris le rôle de la société civile au Cameroun.

Armand -Rodolphe Djaleu le directeur de publication de lewouri.info avec Philippe Nanga le coordonnateur de l’ong Un Monde Avenir

Des doléances à l’État du Cameroun…

C’est celui de respecter les lois. Il faut que le gouvernement se rappelle qu’il a pris des engagements à travers la constitution du Cameroun, au niveau international et qu’il doit chaque fois qu’il veut poser un regarder si celui-ci est en droite ligne avec ses propres engagements.

Dans une interview récente, vous affirmiez qu’il n’est pas exclu que la société civile camerounaise marche pour la paix dans le Nord-ouest et le Sud-ouest. On est tenté de vous demander, marcher oui, mais pour quel résultat ?

Pour régler le problème. En 2012, nous sommes descendus à Yaoundé dans la rue on s’est fait arrêter pour des revendications liées au code électoral. Six mois après nous avons obtenu un code électoral, même s’il est imparfait. À l’époque,  il y avait seulement plusieurs lois qui régissaient l’élection. Nous pensons qu’il faut réfléchir à construire des actions d’envergure publique. C.-à-d. mettre les gens à la rue pour que le gouvernement réalise que la situation est grave. Si la manifestation était un délit, on n’aurait pas prévu cela dans la constitution du Cameroun. Manifester est un droit protégé par la constitution du Cameroun. C’est un moyen par lequel les citoyens s’organisent pour faire entendre leur voix  sur une question précise. Le gouvernement en a besoin. Les gens ont des problèmes dans les quartiers mais L’État n’est pas au courant. Comment le gouvernement fait pour savoir qu’il y a des gens dans les quartiers qui ont fait des mois sans électricité ? C’est parce que les gens vont descendre dans la rue pour se plaindre. Il ne s’agit pas de casser mais de manifester pacifiquement. Nous sommes en train de travailler là-dessus et nous pensons qu’il faut que les camerounais comprennent que manifester n’est pas un délit. Même si pour le moment on fait comprendre aux gens que manifester c’est être un désordonné ce qui est faux. L’Etat viole la constitution en arrêtant les gens qui manifestent.

Nous sommes en train de travailler et nous envisageons des actions d’envergure publique pour faire entendre nos voix sur des questions qui minent actuellement la société camerounaise, notamment la crise anglophone, la crise post électorale qui perdure. Face à un gouvernement qui semble incapable d’écouter il faut mener une action forte de ce genre là.

Un mot pour nos lecteurs !

Il y a six ans, Un Monde Avenir, via ma modeste personne a produit un module intitulé le journalisme citoyen. A l’époque,  très peu de journalistes s’intéressaient au webmaster,  au blog et tout le reste. Je me réjouis aujourd’hui que plusieurs jeunes journalistes ont compris qu’on ne doit pas rester confiner dans son média, on peut créer des médias alternatifs et permettre aux citoyens d’avoir accès à l’information et pouvoir former les citoyens et les masses populaires à travers ces médias alternatifs. Je souhaite que vos lecteurs  continuent de lire et je vous encourage que ces médias alternatifs apportent plus de bonheur au Cameroun.

 

Entretien mené par Armand-Rodolphe Djaleu: lewouri.info

 

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