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Père Ludovic Lado:”Je suis Bamileké et c’est à partir de ce socle que je peux dire que je suis camerounais”

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JE M’EXPLIQUE: BAMILEKE OU CREVETTE?

L’argument principal que je développe ici est que si le tribalisme se décline en haine de l’autre, sa vraie racine est la haine de soi. Formé dans la tradition du préjugé favorable, je prends la peine de m’expliquer pour ménager quelques âmes sensibles, mais pas mal intentionnées, que pourrait troubler mon modèle d’intégration nationale qui prend au sérieux la diversité humaine. Le Cameroun comme tout autre Etat est une construction historique qui n’existe que comme mosaïque de populations. Qui dit mosaïque dit pluralité et diversité. Et qu’est-ce que j’apporte à la table du donner et du recevoir des diverses populations du Cameroun, c’est bien ma bamilékitude qui vient contribuer à la beauté de la fresque humaine.

La Bamilékitude c’est l’ensemble des valeurs humaines que les populations Bamiléké apportent au rendez-vous du donner et du recevoir de l’humanité, pas seulement au Cameroun mais dans le monde. Les autres populations du Cameroun apportent, bien sûr, leur part. C’est tout cela qui forme ce bouquet qu’on appelle Cameroun. Il n’existe pas de culture camerounaise, si ce n’est l’ensemble des cultures particulières et de quelques produits dérivés du métissage. On devient camerounais par citoyenneté (acte de naissance, carte d’Identité, Passeport), mais sur le plan culturel, dire que je suis Camerounais ne veut rien dire. Pendant mon année sabbatique aux Etats Unis en 2017-2018, je vivais dans une communauté jésuite d’une trentaine d’universitaires, pour la plupart américains, qui m’ont demandé ce que signifiait « Cameroun ». Je leur ai répondu que ça venait d’un mot portugais qui veut dire « crevettes ». Ils en ont bien rigolé et à chaque fois qu’il y avait des crevettes au menu à table, ils me taquinaient en me disant qu’on avait préparé mon pays. Je suis « Camerounais » veut dire littéralement « je suis une crevette » et cela ne me définit que partiellement. Je peux cesser d’être Camerounais, en prenant le passeport d’un autre pays, mais je ne cesserai jamais d’être bamiléké par généalogie et par culture. C’est le moule primordial.

Dans la lutte contre le tribalisme au Cameroun, gardons-nous de jeter le bébé avec l’eau du bain. Le bébé ici c’est bien la richesse de la diversité humaine. Le problème n’est pas la diversité humaine en soi, mais l’instrumentalisation de la diversité à des fins de division et d’exclusion qui est devenue une expertise du régime Biya et de ses suppôts, lesquels ont systématiquement ciblé les Bamiléké. La diversité de la création est d’essence divine, c’est voulu par la création. L’humanité n’est-elle pas l’ensemble de tous les visages humains ? Mais dans cette humanité qui est une, chacun a son visage qui, tout en le distinguant des autres, contribue à la beauté de l’ensemble. Toute tentative de supprimer la diversité humaine relève d’une pulsion génocidaire.

« Aime ton prochain comme toi-même » martèle l’éthique biblique. Le « comme toi-même » suppose que tu t’aimes toi-même. Socrate ajoute : « connais-toi toi-même ! ». Si on ne s’aime pas on peut prétendre aimer l’autre. C’est une vérité psychologique qui crève les yeux. Et cela vaut aussi pour les identités collectives. Si je ne m’aime pas dans ma bamilékitude, si je ne suis pas fier de mes racines, si j’ai honte de mes origines, c’est une illusion de prétendre s’ouvrir sainement à l’autre. On ne lui apportera que ses insécurités identitaires qui sont la vraie racine du tribalisme. Bref, si je ne m’aime pas comme Bamiléké, je ne peux pas prétendre aimer mon frère Toupouri, Sawa, Bété, Dioula, Sara, etc. M’aimer dans ce que je suis me donne des appuis solides pour m’ouvrir à l’autre et pour l’aimer comme moi-même, dans le respect de ce qu’il est. Aujourd’hui, ma vie est au service de mes frères et sœurs du qui vivent dans ce pays appelé Tchad. Dans cet échange humain, on s’enrichit mutuellement. Mon apport dans cette réciprocité est ma Bamilékitude qui est mon ancrage culturel et humain, mon socle de décollage vers les autres. Mais cette Bamilékitude n’est pas statique. Elle est dynamique et s’enrichit au contact des autres. Je suis Bamileké et c’est à partir de ce socle que je peux dire que je suis camerounais, africain, chrétien, anthropologue, jésuite, etc. Tout cela constitue mon bouquet identitaire. Connais-toi toi-même et aime-toi et tu ne seras pas tenté par le tribalisme.

Ludovic Lado, anthropologue

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