Home / L'INVITE / Martial Bissog : « Nous sommes pauvres parce que nous n’avons pas pu nous armer d’intelligence »

Martial Bissog : « Nous sommes pauvres parce que nous n’avons pas pu nous armer d’intelligence »

L’écrivain revient ici dans cet entretien sur son nouvel ouvrage avenir : « Partir comme on est venu ». Un ouvrage qui selon lui, est une grosse réflexion sur nous-mêmes.

Merci de répondre aux questions de lewouri.info, c’est un regard alternatif du Cameroun sur la toile. Vous êtes au devant de la scène ces derniers jours avec  un ouvrage avenir : « Partir comme on est venu ». Vous dites avant même  la sortie du livre qu’il sera un best-seller mondial. Ce n’est pas un peu prétentieux ?

La prétention est une exigence fondée sur un droit que l’on réclame. Si le Cameroun est dans les abîmes de la misère aujourd’hui, c’est parce qu’il nous a manqué cette revendication de ce qui nous revient de droit. Je veux plus de prétention. Il ne faut pas confondre avec l’orgueil, c’est comme les gens font l’amalgame entre l’humilité et la modestie. La modestie est le voile de l’hypocrisie. « Parti comme on est venu », j’ai dit c’est un million d’exemplaires et ce n’est pas autrement. On peut aller au delà, parce qu’il faut de l’ambition pour réussir, c’est une grosse aventure. Un ouvrage transformationnel où j’ai disséqué, où j’ai donné les clés pour que les gens musclent leurs neurones. Nous sommes pauvres parce que nous n’avons pas pu nous armer d’intelligence.

Le titre de l’ouvrage laisse lui aussi songeur : « Partir comme on est venu ». Il s’agit de quoi ?

Le livre est une grosse réflexion sur notre vie, sur nous-mêmes. Si les gens sérieux avaient réfléchi sur le Cameroun des cinquante dernières années, c’est que nous ne sommes pas là. Où est donc le nouveau contrat social du Cameroun ?  La réflexion c’est le développement, le développement c’est le bonheur et nous en sommes très  loin.

Pour qu’on réussisse demain, il faut dessoucher l’Etat colonial. Comment on peut continuer à planter un cacao pour que l’autre fixe le prix ? Comment nous pouvons toujours baiser la culotte ? Il faut dire à un moment ça suffit ! Il faut armer le peuple. Il faut armer les neurones. Regardez par exemple, la colonie a inauguré Alucam en 1958,  aujourd’hui nos dirigeants inaugurent les forages à Garoua. C’est le règne de la bêtise et de la médiocrité.

Le livre est aussi une réflexion métaphysique parce que nous sommes le corps et l’esprit. Il faut pousser la réflexion sur notre but ultime sur terre, car nous partons comme nous venons.

Un fundrinsing est organisé pour financer l’ouvrage, pourquoi opter pour ce mode de financement ?

Merci de me permettre de revenir là-dessus. Le projet du fundrinsing ne vient pas de moi. Cela vient d’un groupe d’investisseurs et d’intellectuels camerounais, africains et américains basés aux États-Unis. Je veux qu’un livre arrive entre les mains d’un enfant à Babonè, à Tonkobéré, à Belabo, à Elok Batinchin et à Makak. Mais pour le faire il faut diminuer les coûts de production. Une production à un million d’exemplaires ce n’est plus de ma poche seul. Il y a les camerounais qui sont extrêmement dans la culture de la jalousie et de l’aigreur qui se disent pourquoi pas nous, pourquoi lui. Le fundrinsing en Europe est obligatoire, de Bill Clinton à Barack Obama. C’est une culture moderne aujourd’hui, tout le monde le fait. Il faut lever les fonds pour tout projet sérieux que ce soit dans le politique où dans le social. N’oublie pas que je suis un homme politique et je fais le social, c’est pour aider les sites comme lewouri.info, les orphelinats…

J’ai compris que nous sommes misérables parce que nous n’avons pas su utiliser l’intelligence. Nous n’avons pas modernisé  l’intelligence de nos parents et même d’aujourd’hui.  Le fundrinsing c’est une tontine,  et la tontine c’est empêché un maximum de personnes de tomber dans les pièges de la pauvreté. Si mille personnes donnent mille francs  vous avez un million.

Vous parlez ces derniers jours, de l’intelligence émotionnelle. L’africain par essence est émotionnel.  Y-a-t-il une corrélation entre l’émotionnel et le développement ?

Senghor a dit l’émotion est nègre et la raison est Hélène. L’intelligence a évolué, la recherche aussi. En réalité,  l’émotion est un continuum de la raison. Il y a l’émotion qu’il faut encourager pour qu’elle aboutisse à la raison. On commence d’abord par être émotif et puis la raison suit. Je veux enseigner à mon peuple de ne pas danser du matin au soir.  On peut être émotif quelques minutes et prendre la raison plus tard. C’est cela le but de mon enseignement sur cette question.

Nous avons trop été émotifs dans notre société. On a manqué parfois d’objectivité. La raison et l’intelligence c’est qu’il faut mettre les savoirs pointus, la méritocratie et la science au service du bien-être des populations. Chez nous on a passé le temps à danser dans les nominations, à faire du clientélisme, du tribalisme. Voilà cela         qui retombe sur nous. Nous sommes devenu un Etat diabétique et le diagnostic est clair : on va nous amputer les pieds au  Nord-Ouest  et les bras au Sud-Ouest si on n’est pas intelligent, si on ne se ressaisit pas très vite.

Revenons au livre. Quels sont les grands thèmes qu’il aborde ?

Le livre aborde les thèmes de la spiritualité. J’ai entendu des gens dirent que j’ai fuit la politique pour me réfugier dans le spirituel. Non. Je suis équilibré, c’est d’ailleurs une aberration de croire qu’on peut faire de la politique sans la spiritualité. C’est l’une des plus puissantes œuvres intellectuelles que n’ait jamais eu à commettre un camerounais ou un africain. On utile aujourd’hui l’intelligence qui va avec. On doit communiquer sur nos projets. Si tu te donnes la sous-moyenne personne ne te donnera jamais la moyenne. Le monde fonctionne sur ce qu’on appelle la mauvaise foi internationale. Il faut que certains pays demeurent pauvres. Il faut que certains hommes demeurent exclus. Il faut que l’Afrique porte toute la gale du monde. Il faut que l’Afrique porte toutes les tares, toutes les maladies. Non.

Entretien mené par Armand-Rodolphe Djaleu: lewouri.info

Profitez d’une base de données de plus de 2 2 000 visiteurs et:

Augmentez votre visibilité à l’échelle nationale et internationale

Menez vos campagnes    sur internet, le plus grand réseau de communication

Booster vos affaires

Publiez vos annonces à partir de 5 000 FCFA

Contact: 000 237 698 11 70 14 /672 47 11 29

Mail : contact@lewouri.info

Facebook Comments

About Lewouri Info

Le Wouri Info Tel : (+237) 698 11 70 14

Check Also

Bruno Deffo : « nous allons faire un sit-in à Etoudi, pour la libération de Kamto et cie »

 Le président national du Modecna, revient dans cette grande interview accordée à lewouri.info votre journal …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *