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Martial Bissog : « Biya, à 86 ans est un ultraconservateur »

Dans un ton qui sonne juste et vrai, le journaliste, écrivain,  et homme politique jette dans cette interview un regard critique sur le nouveau gouvernement de Paul Biya, lance une analyse acerbe sur la dernière présidentielle au Cameroun. C’est la première partie d’un long entretien accordé à lewouri.info votre journal en ligne.

Merci de répondre aux questions de lewouri.info. Paul Biya a procédé le 4 janvier 2019 à un réaménagement de son gouvernement. On observe qu’il n’y a pas une grande évolution avec son discours de prise de fonction…

Un salut particulier à tous les followers de lewouri.info, merci à toute l’équipe du journal pour l’opportunité que vous m’offrez. Bonne et heureuse année 2019, vous savez le mois de janvier c’est le mois de la naissance de tout. Je ne trahi pas un secret si je dis que c’est aussi mon mois de naissance.

Pour revenir au réaménagement, on n’est pas révolutionnaire à 86 ans. Et c’est Jean Paul Sartre qui disait à juste titre qu’à 30 ans on est révolutionnaire, à 60 ans on est conservateur, mais il n’avait pas prévu qu’à 86 ans on reste au pouvoir. Je pense qu’à 86 ans on est ultraconservateur. Biya ne pouvait pas faire un grand chamboulement, il va s’accroché sur ses derniers repères, son dernier carré de fidèles qui se repartir en trois groupes : les fidèles qui ont toujours été là avec lui depuis le début de sa carrière, comme les Réné Sadi, les fidèles avec qui il a cheminé au cours de son accession  au pouvoir et enfin les fidèles de sa femme, pour insuffler un souffre nouveau et conserver au maximum le pourvoir.

Quand on est dans cette posture, on ne parle pas de révolution mais de continuation, et on ne choisit pas forcement les meilleurs. C’est Clémenceau qui disait à titre d’illustration:”qu’en politique, on succède à des imbéciles, et ont est remplacé par des incapables“.

On vous connait journaliste, producteur et dernièrement auteur du fameux concept « One Man Froid ». Vous avez quasiment disparu de la sellette.  Le « One Man Froid vous a mis au frigo » ?

(Rires). Je vois bien que vous avez le sens de l’humour. Grosso modo, le One Man Froid était un concept plus structuré et plus intellectuel pour lancer une côte d’alerte, dans le but d’anticiper sur les troubles qui allaient naitre au pays et surtout sensibiliser les camerounais sur le fondement même du vivre ensemble et de préserver l’unité nationale.

Vous savez j’écris des livres à succès, je fais des essais politiques, et j’ai constaté que les gens ne me lisent pas ou n’ont  pas accès à cela, j’ai juste décidé de monter sur scène pour expliquer  le fondement de mes écris, mes visées politiques. Ce n’était pas une foire de petits rigolos, mais un mouvement politique structuré. Je voulais aller au contact du public, être près des gens pour leur expliquer le bien fondé d’être dans un pays unifié.

Malheureusement beaucoup ont pris à la légère comme c’est le cas dans notre pays. Dans les pays avancés des grands sont passés sur scène pour délivrer  un message utile. Cela s’est vu ailleurs, avec  Macron et  Obama. Au Cameroun, nombreux sont ceux qui ignorent  ce qu’on appelle le développement personnel, pas celui qui se fait de manière vulgaire et banale. Partout dans le monde, des leaders montent sur scène pour booster les gens, partager leur expérience, et transmettre un petit bout de leadership à chacun. Le problème au Cameroun est donc qu’il n’y a pas de leader qui prenne très souvent assez d’initiative.

Le « One man froid » était en réalité une université libre de la pensée donc je suis le promoteur et le président au Cameroun. Je voulais surtout que les gens découvrent la rhétorique, n’oubliez surtout pas que je suis un spécialiste de la rhétorique de par ma formation et que chacun ressorte avec un gain personnel pour booster sa carrière ou sa vie. Un leader rend les autres meilleurs et je suis un leader, c’était cela le concept. Cela marche très bien à Genève et partout où je suis invité dans des conférences.

 Vous êtes le premier au Cameroun à déclarer votre candidature à la présidentielle du 7 octobre dernier,  au finish vous étiez hors course. Globalement, l’élection a eu lieu, un président a été réélu, les contestations sont nées comme il est de coutume en Afrique. Quelle est votre analyse de cette élection ?

La présidentielle était une élection d’une formalité banale. Toutes les conditions sont réunies au Cameroun pour que le président sortant ne perde jamais. C’est une réalité en Afrique Francophone et dans les pays de démocratie moins avancées. Effectivement,  j’étais le premier candidat déclaré dans l’idée de lancer une révolution. Je suis le guide de la révolution au Cameroun, n’en déplaise à certains adeptes de la mauvaise foi qui veulent oublier le rôle déterminant que j’ai joué dans la libération des énergies.

Je suis un objecteur de conscience. J’avais voulu faire sauter le verrou de cet omerta qu’on impose dans le milieu politique, j’ai désacralisé un peu cette fonction, j’ai voulu montré que les jeunes pouvaient prendre leur destin en main et qu’il suffisait juste de croire en eux, de porter un projet.

J’ai constaté à mis chemin que Paul Biya n’avait pas l’intention d’abandonner et qu’il allait être candidat et face à la réalité, j’ai dit qu’il faillait mieux se projeter pour les prochaines élections. Néanmoins ceux qui ont eu le mérite de participer on fait de leur mieux, mais en réalité on ne va pas dans une élection pour perdre, il n’y a qu’au Cameroun où les gens ont d’autres visées : se faire connaitre, se faire découvrir une âme de leader, mais en réalité on va à une élection comme celle-ci qui était vue comme la dernière de Paul Biya, pour changer le coup de l’histoire.

Le système s’est arrangé à désactiver tous les vraies leaders, tous les gens intelligents et en face vous avez des gens qui vont juste pérorer et se balader pour accepter avec la fatalité leur place. Pour moi,  faire la politique c’est arraché le pouvoir entre les mains de ceux qui empêchent le peuple de se développer. On a échoué sur ce plan et le président n’est même pas sorti de son palais.

On a aussi vu lors de la campagne électorale, la montée du tribalisme notamment au niveau des réseaux sociaux. Devrons-nous craindre pour notre vivre ensemble dans les jours avenir ?

Il y a une grave montée du tribalisme. On a frôlé la guerre civile à chaque fois et ce n’est pas terminé. Vous savez que quand les furoncles et les abcès vous sortent sur le corps, c’est pour vous dire que votre organisme ne va pas bien. Il y a des signaux. Le tribalisme est un racisme plus abject. Le racisme au moins tu vois la tête du con qui vient en face et tu peux l’esquiver, mais le tribaliste est celui là avec qui tu es au quotidien et croit être ton frère, mais qui a d’autre projet pour toi, mais des projets funestes.

Les gens pendant longtemps pour gouverner ont opposé un village à un autre village d’en face, le clan à un autre clan d’en face, la tribu à une autre tribu d’en face, d’où l’idée de la tribu régnante et dominante au Cameroun qui est aux affaires et qui succède à une autre puissante tribu qui était là aux affaires. Pire on pense que le pouvoir est un ping pong, une balle qui doit aller du nord au sud, du sud au nord, c’est une profonde insulte à l’intelligence des camerounais. Cela fait en sorte qu’une majorité des camerounais se sente  écartée de la chose politique, car des gens ont estimé qu’ils sont illégitimes de naissance. Il y a eu un tribalisme économique, il y a eu un tribalisme social, et bonjour au repli identitaire. Les gens font le repli identitaire parce qu’ils ne peuvent pas avancer, ils n’ont pas d’espoir pour demain.

Qui est en réalité qui dans ce pays, si nous ne sommes pas tous de la même racine ? Plus haut vous vous êtes un peu moqué de mon concept, je voulais m’accaparer de la scène politique, et culturelle pour expliquer aux gens le bien fondé du vivre ensemble. Le tribalisme est un mauvais gadget et si vous vous  servez mal, c’est comme si on donnait une mitraillette à un enfant de 9 ans comme jouet, il va tirer. Le Cameroun est plus tribaliste que jamais. Le tribalisme est entré au sommet de l’Etat et il est ressorti par les dernières cases de Nkoulouloun. Même dans les couches les plus populaires, les gens qui mangeaient le Koki ensemble, buvait une bière ensemble, commencent à se regarder comme des ennemis. Il y a une grande partie de la population qui ne mange pas au Cameroun, cela devient de plus en plus un problème.

 Entretien mené par Armand-Rodolphe Djaleu

NB : La deuxième partie de cette interview sera publiée dans nos colonnes (Lewouri.info) dans les prochains jours.

 

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