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Lionel Mobi: “Le e-commerce est un peu en avance au Cameroun comparé à la moyenne africaine”

Alors qu’il participait à l’émission “Stratégie”, un programme Tv consacré à la thématique sur le commerce en ligne dans la ville de Yaoundé, Lionel Mobi par ailleurs directeur des opérations de Jumia Cameroun a accepté de répondre à quelques questions sur ce secteur d’activité et la place de son entreprise dans ce marché.

Dans cet entretien réalisé dans un hôtel de la capitale du pays des Lions Indomptables, celui qu’il convient d’appeler expert, revient sur les moments forts de l’année 2018 avec quelques chiffres, mais il profite également de cette tribune pour donner des conseils à tous ceux qui ambitionnent de se lancer dans cette activité. Pour lui, et il insiste dessus, la vente en ligne représente l’avenir du commerce aussi bien au Cameroun que dans les autres pays du continent, il est donc inconcevable de ne pas s’y lancer en 2019.

Quel bilan pouvez-vous faire de l’activité e-commerce au Cameroun et même en Afrique en 2018?

Très bonne année pour cette activité au Cameroun. De plus en plus de camerounais font leurs achats en ligne. Pendant le Black Friday par exemple nous avons eu des pics de trafic assez incroyables notamment lors de nos journées « Big Bang », pendant lesquelles on avait des dizaines de milliers de camerounais connectés au même moment sur notre plateforme.

On notera aussi que 2018 marque l’entrée du Cameroun dans le top dix des pays africains en matière de e-commerce, selon le rapport du CNUCED, qui donne un indice d’e-commerce en se basant sur 04 critères : le nombre d’acheteurs, la sécurisation des serveurs, les moyens de paiement et la facilité de livraison.

Quelle est la place du Cameroun dans l’échiquier africain aujourd’hui?

Comme mentionné plus haut, je pense que ce secteur est un peu en avance au Cameroun comparé à la moyenne africaine. Notre entrée dans le top 10 africain en est une preuve indéniable. Maintenant je pense que beaucoup reste à faire, il faut continuer à pousser parce que ça peut rapidement changer surtout dans ce secteur d’activité qui est extrêmement dynamique, si Nous nous reposons sur nos acquis nous pouvons très rapidement tomber dans le flop 10.

Est-ce qu’au regard des chiffres que vous allez partager avec nous, on peut clairement dire que le commerce électronique c’est l’avenir?

Très clairement, c’est l’avenir ! Regardez juste le poids d’Amazon sur l’économie mondiale aujourd’hui. Pareil pour Alibaba en Asie.

Notre conviction à Jumia est que cette opportunité est encore plus pertinente en Afrique malgré les challenges.

  •         On constate une forte poussée du taux de pénétration d’internet notamment grâce à la percée du mobile et la démocratisation des smartphones à bas prix
  •         Selon des études, aux USA on a environ 1000 (mille) consommateurs par centre de distribution/ point de vente, c’est environ 2000 (deux mille) en Europe et en Afrique. On est à près de soixante mille consommateurs par point de vente. Cela veut très clairement dire que plusieurs africains ont du mal à s’approvisionner en bien de consommation.
  •         La classe moyenne africaine émerge, nous sommes le continent le plus jeune, donc on peut très raisonnablement penser que cette émergence va croître d’année en années et ce pour plusieurs décennies

Au regard des points plus haut, il nous paraît évident que le e-commerce est une véritable opportunité en Afrique.

Quelles sont les astuces pour devenir un e-commerçant à succès?

Il y a des astuces endogènes liées au vendeur lui-même et exogènes liées à la plate-forme qu’il (le vendeur) utilise.

Pour les astuces endogènes, le premier aspect à prendre en compte est l’obsession pour les produits proposés : avoir la gamme la plus large et pertinente possible et le meilleur rapport qualité prix. Pour cela, il faut constamment être à l’écoute du marché pour connaître les besoins de celui-ci et aussi il faut faire une veille permanente de la concurrence afin de s’assurer de toujours avoir le meilleur rapport qualité-prix.

Pour les astuces exogènes, on parle bien de e-commerce donc il faut une plateforme capable d’attirer le maximum de clients possible et de convertir leurs intentions d’achat en offrant une qualité de service impeccable. C’est là le plus difficile, la capacité à aller chercher le client sur internet et en dehors, lui permettre de passer sa commande aisément, le livrer à moindre coût en ayant des délais de livraison attractifs et fiables ; mettre à sa disposition des conditions de paiement adéquates et surtout avoir une politique de SAV qui permet de prendre en compte les changement d’avis, les éventuels défauts de qualité etc…

Personnellement je recommande aux vendeurs désirant toucher plus de clients à travers le e-commerce de se concentrer sur le choix des produits et la mise en place des stratégies permettant d’avoir les prix les plus compétitifs du marché. Pour la plateforme, choisir une déjà existante, notamment Jumia, où être vendeurs est assez aisé (en 48h vous êtes en ligne), le trafic y est, le réseau logistique aussi, donc venez avec vos produits et nous nous occuperons de faire exploser vos ventes en exposant vos produits à près de six millions de Camerounais connectés sur internet.

Nous avons discuté la dernière fois avec Christiane Latchieu qui est directrice de Jumia Services et qui parlait de la difficulté du système d’adressage dans votre activité. Comment vous prenez cela personnellement et comment le résoudre à défaut de le contourner?

La connaissance du terrain est primordiale dans ce cas. Nos livreurs sont des vrais experts de terrain et connaissent très bien les quartiers. Ils sont aidés par les informations recueillies lors de la confirmation de commandes, nous essayons d’avoir le maximum d’indication de la part du client.

Dans les petites villes nous privilégions le mode de livraison en point relais, car le système d’adressage y est moins opérationnel ; en plus les coûts du dernier kilomètre de livraison sont beaucoup plus élevés. Donc dans ces villes, nous essayons surtout d’avoir des points relais à l’épicentre des populations.

Jumia est aujourd’hui leader au Cameroun c’est indéniable, mais vous n’êtes pas aussi loin que cela. Qu’est-ce qui vous empêche de côtoyer les les leaders mondiaux que nous connaissons tous?

Je ne sais pas ce que vous entendez par « pas loin », mais si votre question porte sur les challenges à relever afin d’être encore plus gros, je pense qu’il y en a pas mal mais les principaux selon moi sont :

–      L’assortiment, il faut continuer à élargir la gamme de produits disponibles en ligne, les leaders mondiaux que vous mentionnez ont des dizaines de millions de produits disponibles. Notre gamme augmente considérablement mais on doit aller encore plus loin afin que nos clients puissent TOUT trouver en ligne. Ceci passe par « l’onboarding » de plus de vendeurs, qu’ils soient artisans, producteurs locaux ou importateurs, on doit pouvoir utiliser ce moyen magnifique qu’est internet afin de proposer nos produits à tous

–      Nous devons sans cesse innover sur la « customer value proposition », exemple, aujourd’hui nous livrons à Douala en 24h, ça n’a pas été facile mais on le fait aujourd’hui. Nous devons essayer d’aller encore plus loin et qui sait, peut-être on proposera des livraisons en 1h bientôt.

–      Enfin, c’est tout l’écosystème qui doit continuer à être dynamiser : taux de pénétration internet, coût d’accès à internet, infrastructure logistique et transport, démocratisation des moyens de paiement (Mobile money, carte bancaire…), digitalisation de toutes nos économies etc…

Vous envisagez de livrer partout au Cameroun, mais le taux de pénétration reste encore marginal surtout dans les villages, est-ce que cet objectif peut être atteint?

Il y a de la demande dans ces villages encore plus que dans les grandes villes où il y a quand même la présence des centres de distribution. Donc l’accès à internet est certes un frein mais pas une barrière infranchissable. Nous avons lancé en 2016 le programme J-force, qui vise à recruter des consultants indépendants chargés de passer des commandes pour le compte des clients et qui se font rémunérer par une commission sur le chiffre d’affaire ainsi généré.

Ce programme est justement une des techniques que nous utilisons pour contourner les problèmes liés à l’accès à internet. Nous avons près de 500 agents J-Force actifs au Cameroun et ceux produisant les plus gros chiffres d’affaires ne vivent ni à Douala ni à Yaoundé, mais plutôt à Ngaoundéré, Maroua ou Bafoussam. Ces personnes vont dans des villages périphériques et permettent aux potentiels clients n’ayant pas accès à internet mais ayant des besoins (comme tout camerounais) de pouvoir s’approvisionner facilement sans avoir à venir sur Douala ou Yaoundé et au même prix

Cela démontre très bien la pertinence d’un tel programme pour contourner le problème d’accès à internet.

Est-ce qu’il ne faudrait pas plus d’acteurs sur le terrain pour vous accompagner dans cette lourde mission?

Bien sûr, nous essayons de changer des habitudes de consommation donc c’est un combat qu’il est plus facile de mener à plusieurs que tout seul. Et c’est l’ensemble de l’écosystème qui est concerné, Il faut plus de partenaires logistiques, plus de vendeurs, plus de solutions de paiement, plus d’agent J-force, plus d’influenceurs etc…

Quelles sont les perspectives selon vous: est-ce que le commerce électronique peut un jour détrôner le commerce traditionnel au Cameroun?

En tant qu’acteur du domaine on rêve bien sûr de cette inversion de courbe entre les transactions traditionnelles (« brick and mortar ») et les transactions électroniques. Je pense que cette inversion est possible mais je n’ai pas de boule de Cristal, donc je ne saurai répondre.

Les indicateurs laissent néanmoins penser que cette inversion (ou du moins le rapprochement entre e-transactions et transactions traditionnelles) peut arriver plus rapidement en Afrique, car les acheteurs ont de plus en plus de moyens mais très peu d’accessibilités aux produits.

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