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Jean Baptiste Sipa: Paul Biya est donc toujours-là

Paul Biya aurait signé récemment un décret portant création, organisation et fonctionnement du Comité d’organisation local du championnat d’Afrique des Nations (Chan 2020) que la CAF nous a donné comme consolation, et de la Coupe d’Afrique des Nations (Cocan 2021). Il aurait, par la même occasion, demandé au Tribunal criminel spécial (Tcs) d’enquêter sur la gestion des fonds alloués au Cocan 2019 créé par le décret du 11 août 2017.

Si la rumeur se confirmait – M. Ngoh Ngoh ne donnerait pas des instructions pour enquêter sur lui-même – ce serait un indicateur que malgré toutes les déductions tirées des images le montrant perdu ou fini lors de la fête du 20 mai, l’homme lion est toujours aux affaires.

Mais alors, il donnerait raison par son mutisme à ceux qui pensent qu’il n’aime pas les Camerounais, et qu’il croit bien moins au Cameroun qu’à la Suisse comme patrie. Comment expliquer autrement qu’il ne voit pas le nombre de Camerounais qui ont péri (plus de 3000) et continuent de mourir ou de souffrir en exil ou dans les forêts du Nord-ouest et du Sud-ouest, dans une guerre aux justifications aléatoires ?

Comment expliquer autrement qu’il observe en simple spectateur, la cruelle jouissance avec laquelle ses collaborateurs arrêtent, torturent et emprisonnent arbitrairement des centaines de Camerounais parce qu’ils ont exprimé démocratiquement leur désaccord politique ? C’est bien lui qui disait que sous son règne, on n’a pas besoin d’aller au maquis pour exprimer son opinion.
Comment expliquer qu’il laisse militariser le pays au lendemain d’une élection dont il est déclaré vainqueur, pour empêcher que ses adversaires contestent sa victoire à mains nues ? Quelle que soit sa culture, le Président sait qu’en dialectique, la force est toujours l’argument des faibles. Veut-il convaincre les Camerounais que 14% ont plus de pouvoir que 71%, ou alors cherche-t-il, même avec « la force de l’expérience » à inscrire la fin de son règne dans le monolithisme ?

Comment expliquer qu’il soit incapable, ou ne veuille pas regarder les Camerounais en face et leur dire de quel pardon, de quelle réconciliation il parle, et entre qui et qui, lorsque ses collaborateurs, consciemment, délibérément, et en toute arrogance, ont appauvri le peuple depuis trois décennies, par un pillage systématique, voir systémique de ses ressources, dans une impunité à peine ponctuée de quelques arrestations spectaculaires et vengeresses ?

Et s’il est vraiment ouvert au dialogue, à un dialogue qui n’est pas monologue, qui est inclusif, pourquoi ne pas l’annoncer lui-même au peuple, avant d’instruire son PM pour l’implémenter? N’est-ce pas qu’il en avait l’opportunité idéale à l’occasion du 20 mai ? A-t-il un tel mépris pour son peuple qu’il ne peut lui parler qu’à travers un outil aussi impersonnel que le tweeter ? A moins qu’il soit, avec l’âge, devenu l’otage de personnes ayant programmé sa mort physique ou politique, pour hériter du système prédateur népotique qu’il a méthodiquement construit depuis 37 ans désormais.

S’il est toujours aux commandes de ce pays, et soucieux de le laisser dans la paix, s’il se souvient encore de son engagement à rester dans l’Histoire comme celui « qui a apporté la démocratie dans son pays », il doit savoir que toute la crise sociopolitique, et économique qui ébranle le Cameroun aujourd’hui est induite de l’oubli de cet engagement, ou du différé apporté à sa réalisation. Quel était l’utilité d’un si long différé, pour que 37 ans plus tard, le pays se trouve en-deçà de la case-départ, avec un processus démocratique bloqué, une économie atone et de servitude, un tissu social quasiment en lambeaux, et une population endémique ment appauvrie ?

Grégoire Owona (Sga du RDPC) dit que « Le Président a hérité d’un pays uni, et il ne veut pas le voir morcelé ». Fait-il allusion à la menace de sécession, ou bien à la mise en coupes ethniques du pays, dont l’élection présidentielle 2018 a révélé le danger éminent sur la nation ?

L’une et l’autre sont l’œuvre du RDPC dont les ministres, dans le premier cas, sont allés en 2016, dire aux avocats et enseignants anglophones en revendications socioculturelles et juridico-politiques, que « Les anglophones n’ont pas de problèmes » et leur ont répondu par une brutale répression assortie d’arrestations arbitraires de leurs leaders sociaux, donnant à ce qui ne restait pourtant qu’une poignée d’indépendantistes, l’opportunité de se présenter comme « voie de recours… pour ces populations marginalisées ».

C’est encore le gouvernement RDPC qui a instauré le système de « pouvoir-mangeoire » qui veut que les ressources de l’Etat soient un gâteau à se partager entre ses agents (nommés ou élus, soi-disant), et que des « élites intérieures et extérieures » soient fabriquées dans chaque ethnique, aux fins de lui garantir par la corruption, l’occupation éternelle du pouvoir.

C’est peut-être cela que les politologues ont appelé « clientélisme ethno politique » ou encore, « tribalisme d’Etat », et qui se traduit par le fait que, celui qui arrive au pouvoir en fait la propriété apparente de son ethnie, et recrute dans les autres ethnies, des frères et sœurs, des amis, des sympathisants ou des alliés objectifs, pour constituer le socle de son autocratie.
N’en déplaise donc à Grégoire Owona, M. Biya, qui est le tout-puissant fondateur et président du RDPC doit savoir que ce n’est pas seulement la sécession, mais aussi, et surtout l’éthnicisation (théorique et pratique) du pouvoir introduite dans le système politique camerounais par son parti, qui menace de « morceler » ce pays uni dont il a hérité.

Il doit se dire que si une telle calamité se faisait réalité, il en serait responsable devant l’Histoire. En clair, il ne serait plus retenu par l’Histoire comme « démoralisateur », mais plutôt comme le fossoyeur du Cameroun. Ceux qui lui lèvent les bras fatigués pour saluer les Camerounais, ou le font tourner en rond, au propre comme au figuré, y songent peut-être comme dessein.

S’en rend-il compte ?, Si oui, on peut penser qu’il est encore temps pour lui de changer réellement de cap ; et c’est à cela que les leaders sociopolitiques, les universitaires, la société civile, les partis politiques camerounais depuis 3 ans, et maintenant la Communauté internationale, l’invitent avec insistance, alors que ses « ennemis intimes » parlent d’ingérence étrangère… Comme si le FMI qui gouverne notre économie monétaire n’était pas étranger. Dans le cas contraire, ce serait un indice supplémentaire qu’il ne s’intéresse pas au peuple camerounais, mais seulement au pouvoir, et à des fins particulières.

Le 22 mars 1985, à Bamenda, Paul Biya a proclamé que « la démocratisation est l’une des options fondamentales et spécifiques du renouveau national… ». Que « les peuples ne peuvent pleinement goûter les fruits de la prospérité que là où s’exercent la liberté et la démocratie…». Et que ces dernières (liberté et démocratie) « ne peuvent survivre que si existe, l’ordre, la paix et la justice ».

Au bilan de cet engagement, 33 ans après, on trouve : zéro prospérité à goûter ; seulement le droit de s’insulter, de louer ou de critiquer le Président en lieu et place de la LIBERTE ; seulement la « démocratie gouvernante » sans participation du peuple ; zéro paix ; zéro justice ; rien que l’ordre par toutes les armes, pour protéger la prédation du régime dont il serait prétendument l’otage.

La question que je poserais à M. Biya si nous étions face à face, serait de savoir si au crépuscule de sa vie et de son long règne, il peut constater sans se tromper – on ne dit pas « sans mentir » à un grand – que nous sommes dans le «Cameroun nouveau, démocratique, juste et propice à l’épanouissement de tous, dans l’unité, la paix et la concorde » qu’il nous promettait lors de sa première campagne électorale le 31 décembre 1984 ? Celle que je ne lui poserais pas, parce que la réponse est déjà connue, c’est de savoir s’il croit qu’on peut trouver au moins un Camerounais aussi intelligent et fort en politique que lui.

Jean Baptiste Sipa

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