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Il n’y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat par le Prof. Vincent-Sosthène FOUDA socio-politologue

Il y a deux ans jour pour jour, (2 juin 2017 – 2 juin 2019) Joseph Akonga Essomba ancien administrateur diocésain de l’archidiocèse de Yaoundé après le décès de Mgr André Woking d’heureuse mémoire, faisait une prédication courageuse et lourde de sens.

Dans la nuit du 30 au 31 mai 2017 était enlevé dans son domicile à l’évêché de Bafia peu avant minuit, monseigneur Jean-Marie Benoît Bala. La suite nous la connaissons, il a été torturé, violé et mis à mort. Deux ans après cet odieux assassinat et le silence méprisant, voire triomphant du régime en place à Yaoundé, je fais ce mot sans savoir qui me lira, un peu comme une bouteille à la mer avec cependant une légère nuance, je ne jetterai par cette lettre à la mer. J’adresse cette lettre aux 25 millions de Camerounais, mais aussi à tous ceux qui, au-delà des limites du Cameroun, ont quelques sentiments humains au fond d’eux. Quelque soit notre appartenance religieuse ou non religieuse, quelque soit ce que les uns et les autres pensent de la Nation.

Contrairement à Aragon qui en 1942 ne signa pas sa lettre « le témoin des martyrs » je signe la mienne, pas par orgueil ni par bravoure, mais parce que, comme Fanon le souligne dans les Damnés de la terre « Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Je suis de cette génération, celle qui a vu Mgr Jean-Marie Benoît Bala être enlevé et assassiné sans que personne ne daigne s’indigner, sans qu’aucune voix ne s’élève au-delà des chaumières. Je ne me veux cependant pas « prêtre de la révolte », de cette unique race qui vit au Cameroun, pourtant comment nier que voici venu le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme, et la plume comme un poing à l’allongée du bras pour paraphraser Césaire.

Notre devoir est de sortir de ce morbide anonymat tant de morts pour rien, tant de morts inutiles. Si j’utilise ma plume, c’est parce chaque nuit, dans mon lit, Jean-Marie Benoît Bala vient jusqu’à moi et me voici démiurge pour passer au luminol toutes ces scènes de crime! Ici au Cameroun, on n’assassine personne, tout au plus il se suicide ou il disparaît. Alors ce que je fais aujourd’hui c’est parce que certains morts me l’ont demandé, c’est en leur nom que je vous parle. Ils sont tombés sous les coups d’hommes cagoulés et bien entraînés, la nuque brisée, dépouillés de leurs organes génitaux, ce ne sont que les plus chanceux qui sont morts d’une balle dans la tête tirée à bout portant par un anonyme. Ils sont morts au Cameroun, tués par d’autres Camerounais en temps de « paix » ils sont morts pour le Cameroun.

On dira que nous n’étions pas là…

J’étais âgé de quelques années seulement quand en 1979, Simon Mpondo, son épouse de nationalité américaine et leur fils furent tués à Douala par strangulation. Au domicile de mes parents, on ne parlait de cet assassinat qu’à la tombée de la nuit, quand les murs eux-mêmes s’étaient endormis. Ce crime n’a jamais été élucidé. Avec le temps, il est à présent possible de le rattacher à la longue liste de crimes commis par les régimes qui se sont succédés au Cameroun sans vraiment être différents.

Le président de la République de l’époque avait donné ordre à Salatou son homme de main d’éliminer cette famille dans leur domicile de Déido à Douala, capitale économique du Cameroun. Personne ne sait jusqu’aujourd’hui pourquoi ce couple a été assassiné par le pays qu’il avait choisi de servir après ses études.

Le 28 février 1983, c’est autour de Dikoum Minyem directeur de la Cambank d’être assassiné dans son domicile par strangulation, par son « épouse » ou par l’amant de cette dernière diront les enquêtes! Mais par strangulation comme Simon Mpondo son épouse et leur enfant. Qu’y a-t-il de commun dans ces deux crimes avec 5 morts sur le carreau? Les faits sont simples et personne ne les nie.

La strangulation!

Voilà désormais l’arme qui sera utilisée pour éliminer sous le Renouveau. L’Abbé Joseph Mbassi prêtre de l’archidiocèse de Yaoundé, directeur du journal catholique l’Effort Camerounais est assassiné au siège de la Conférence Épiscopale de Yaoundé sur les hauteurs de Mvolyé le 25 octobre 1988. Le 30 octobre 1988, Me Toussaint Ngongo Ottou, avocat réputé, notable de la ville de Yaoundé, proche du clergé catholique est agressé à son domicile de Melen à Yaoundé – il décède le 13 novembre – par strangulation! Le professeur Essomba Many Ewondo connaîtra le même sort quelques jours après. Le 3 septembre 1991, Mgr Yves Plumey Missionnaire Oblat de Marie Immaculée, archevêque retraité de Garoua est assassiné par strangulation dans son domicile de retraite à Ngaoundéré. Le 23 août 1992, deux religieuses de la Congrégation des Religieuses du Sacré-Coeur d’Issoudun sont violées et étranglées dans leur résidence à Djoum dans le Sud Cameroun.

Le 21 avril 1995, le père Engelberg Mveng historien, savant de renommée internationale premier Jésuite de l’Afrique centrale est assassiné à son domicile par strangulation, le crâne est ouvert. Le 8 janvier 2009, Marthe Moumié veuve du leader nationaliste de l’Union des Populations du Cameroun, âgée alors de 78 ans est violée et tuée par strangulation à son domicile à Ebolowa capitale de la région du Sud Cameroun. Tous ces fils et filles du Cameroun sont morts au Cameroun par strangulation et personne n’a rien entendu! Aucun de ces hommes et femmes n’a été tué dans une prison, ils étaient tous dans leur domicile, au beau milieu de la nuit, l’assassin a surgi comme de nulle part, a frappé et a fondu dans la nuit! Mais nul n’est dupe, ils ont été assassinés par strangulation par des professionnels recrutés parmi ceux qui ont en charge la sécurité des citoyens, y donnant ainsi l’exemple révoltant du crime.

Tous ces morts, sont peut-être catholiques, de nombreux ecclésiastiques, des chrétiens pratiquants. Je suis obligé de le souligner, car je vois monter au sein de la jeunesse camerounaise, dans son expression parlée et écrite, à travers les radios et les réseaux sociaux la haine des religions dites importées. Alors oui, on pourra dire c’était des « vendus chrétiens », mais est-il possible que des hommes, unis à d’autres hommes, à d’autres femmes par les liens de la chair, de l’affection de l’amitié, puissent se satisfaire d’une phrase pareille? Je lis ces apprentis kamites tous les jours et cela me désole et Cheikh Anta Diop se retournerait dans sa tombe! Mais passons !

Ces kamites ne sont en rien responsables de tous ces assassinats par strangulation. Ces hommes pourquoi ont-ils été assassinés? Pourquoi leurs dépouilles ont-elles été profanées au point qu’il ne fut pas possible à Monseigneur Jean Zoa alors archevêque de Yaoundé de faire une absoute pour le Jésuite Engelberg Mveng le pouvoir ayant séquestré la dépouille. Mgr Joseph Akonga Essomba lors de son homélie le 2 août 2017 à l’occasion de la messe dite en la cathédrale Notre Dame des Victoires après la levée de corps de Monseigneur Jean-Marie Benoît Bala dira : « La vie est sacrée, il ne nous appartient pas d’y toucher » et pointant un doigt accusateur dira ironique – « Le vrai pouvoir ignore la violence. Le vrai pouvoir construit la paix. Le vrai pouvoir promeut le développement de l’homme entier. Notre église est livrée aux forces des ténèbres. Livrée aux forces des ténèbres d’une part par des suppôts de Satan, d’autre part par certains faux membres de cette église. » Le ministre d’État ministre de la Justice garde des sceaux, monsieur Laurent Esso, représente le chef de l’État à ces obsèques. Ceux qui haïssent l’Église dont Jean Marie Benoît Bala est martyr, peuvent reconnaître la grandeur, la noblesse, la beauté du sacrifice des chrétiens jetés aux bêtes, qui chantaient dans les supplices, je pense à Perpétue et Félicité, je pense à Anuarite, à Kizito, Mukaza et tous les martyrs de l’Ouganda. Alors oui, on peut détester ces hommes d’Église, mais comment rester insensibles à leur souffrance, à leur agonie, à leur mort? Leur agonie n’est-elle pas aussi celle de tout le Cameroun !

Prof. Vincent-Sosthène FOUDA socio-politologue

 

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