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Célestin BEDZIGUI: Sadou Hayatou que j’ai connu

J’ai eu le l’occasion, pourquoi ne pas dire le privilège, de rencontrer Yerima Sadou Hayatou pendant les années de braise de 1990-1992, à l’orée de l’ère de la démocratie au Cameroun. La Coordination des Partis Politiques dont mon Parti, le PAL, Parti de l’Alliance Libérale, était membre avait lancé un mot d’ordre de ‘’villes mortes’’ qui paralysait sept des dix provinces du pays à l’époque depuis plus de trois mois.

Lorsqu’en juillet 1991, au cours d’ une rencontre au Lions Club de Yaounde, un débat s’ ouvrit sur l’ organisation d’un blocus de la capitale, une divergence apparut entre ceux-là, radicaux, qui soutenait cette option en faisant valoir qu’ elle asphyxierait le Gouvernement et le forcerait à accéder à notre demande d’ une ‘’ conférence nationale souveraine’’, et les modérés dont j’ étais le meneur qui était partisan d’ une ligne modéré arguant de ce que un blocus etait un acte de guerre qui pourrait confuire le pays vers une issue incertaine et périlleuse.
Nous etions plutôt partant pour un dialogue sans confition auquel nous conviait le Premier Ministre Sadou Hayatou.

L’homme de dialogue
Je me souviens qu’ au milieu de la nuit, il était 2 heures du matin, alors que les débats faisait rage entre les radicaux qui avaient réussi a dessaisir la conduite des travaux des mains du Prince Dicka Akwa, Président de l’UPC pour la convier à Maitre Yondo Black, et nous les modérés qui soutenions qu’ un ‘’blocus était un acte de guerre’’ qui mettait le paix en péril, il envoya son Directeur de Cabinet
Moukoko Mbonjo chargé d’ un parapheur contenant des correspondance fraichement signée de sa main et adressée à chacun de nos partis et nous conviant à une rencontre dès le lendemain pour l’ouverture d’ un dialogue sans condition préalable.

C’était ça, le Premier Ministre Sadou Hayatoi, un homme ouvert au dialogue, le dialogue tout de suite, sans ruse, sans fioriture, sans malice, posture dont devrait s’inspirer ceux-là qui sont aux commandes aujourd’hui.

A cette ouverture au dialogue, les radicaux avait refusé de prendre part. Les modérés s’y étaient rendus, pour plaider la cause d’une ‘’ grande palabre à l’africaine’’ à défaut de la ‘’Conférence Nationale Souveraine’’ au refus de laquelle le Chef de l’Etat s’arc-boutait’’.
Son sens du dialogue était contagieux, puisque il réussit a faire partager au Président de la République l’idée que la résolution de la crise que le pays traversait passait par un échange de vue directe avec les leaders politiques associant la société civile Et lorsque finalement l’idée de la tenue d’une grand’messe fut acquise, il nous associa a une large consultation visant à convaincre les leaders politiques de toutes les sensibilités, les figures de la société civile à accepter de participer à cette rencontre.

Il nous fallut deux mois de contacts et de suivi pour arriver à l’objectif visé, le Premier Ministre lui-même n’hésitant pas à prendre directement contact avec certaines figures réticentes et à les convaincre. A la fin, c’est près de 300 participants de toutes les provinces, toutes les sensibilités politiques, tous les segments de la société qui se retrouvèrent au Palais des Congres à l’ouverture des travaux le 30 Octobre 1991. Le Premier Ministre avait gagné son pari, par le dialogue.

La Tripartite d’Octobre 1991
C’était une mission qui semblait impossible, du fait de l’extrême polarisation du pays à l’époque, d’ autant plus que l’agenda de la rencontre avait été corseté par la feuille de route que le Chef de l’Etat avait émis en limitant les domaines des discussions à deux points explicitement indiqués : la révision du Code électoral et l’élaboration du Code médiatique.

Bien évidemment nous autres Partis politiques allions à ces travaux avec la ferme résolution de débattre des nouvelles bases de la Constitution. Dès le premier jour des travaux, un incident survint qui servi de prétexte à Eboua Samuel, alors Président de l’UNDP, de donner l’ ordre aux Partis radicaux de sortir de la salle. Le SDF profita d’ ailleurs de cette occasion pour déserter définitivement les travaux.

Du cote de l’opposition, il ne restait plus dans la salle que les modérés que nous étions et dont la sortie aurait mis fin à la Tripartite. Et d’entrée de jeu, nous avons posés comme condition à notre présence que la définition de nouvelles bases de la Constitution soit inscrite à l’ordre du jour au lieu et place du Code médiatique qui à nos yeux, était d’un ordre secondaire.

Parlant au nom des modérés, je fis savoir au Premier Ministre que cette rencontre n’avait de sens qui si elle permettait de renouveler les fondements de la légalité, d’où la nécessite de se pencher sur la Constitution, et celle de la formation de la légitimité, d’où l’autre nécessite de se pencher sur le Code électoral. Il nous fit observer que s’il introduisait la Constitution dans les points à débattre alors que la feuille de route du Président ne l’avait pas mentionnée, il violerait les instructions du Chef de l’Etat et les conséquences pourraient être dramatiques. Il lui fallait donc un grand courage pour le faire, s’exposant à une suite qui s’afficherait quelques mois plus tard et les années qui suivirent aux yeux du public.

C’est alors que le Premier Ministre fit preuve d’ un courage et d’ un brio exceptionnel en un pas de trois : premièrement il inscrivit, à son corps défendant, la Constitution à l’ agenda des travaux toute chose que le Président de la République dont le légalisme frileux acceptait difficilement car pour lui, une assemblée non-institutionnelle ne pouvait traiter de la matière constitutionelle; deuxièmement , il manœuvra pour que les partis radicaux qui étaient sortis de la salle reviennent prendre part aux travaux ; troisièmement, il pris en main personnellement la poursuite des ditstravaux pour afin que le résultat mettent fin aux ‘’ villes morte’’.

Pour peaufiner sa stratégie, il nous convia à une rencontre au cœur de la nuit, reunion à laquelle prenait part Suppo Prison et Kadi Defosso, deux personnalités qui avaient de l’influence sur les radicaux, Mbella Mappe du RDPC, Antar Gassagay qui était Trésorier de Cap Liberté, Ngoh Mukwelle qui était Président d’ un Parti base à Kumba, et moi-même au nom des Partis modérés. Avec sa capacité d’écoute particulière, il prit connaissance de nos opinions. Prenant en compte les observations des uns et des autres, il moula une architecture des travaux comportant la poursuite des débats en salle pour une véritable catharsis au cours de laquelle la prise de parole de tous les participants étaient libres, des travaux en commissions où seraient impliqués les partis radicaux dont une commission des affaires constitutionnelles et une commission du code électorale.

Il est important de souligner qu’ à cette rencontre Me Ngoh Mukwelle, Président d’un posa le problème anglophone tandis que Kadji Defosso et Soppo Priso posait le problème de la gestion économique du pays. Yerima reconnu la pertinence de ces deux préoccupations et dit qu’elles devraient donner lieu à une seconde conférence Tripartite.

A la reprise des travaux le lendemain, le dispositif arrêté fut mis en place. Les partis modérés délèguerent Ateba Ngoa dans la commission chargée des reformes onstitutionnelle et Louis Tobie Mbida dans la commission du Code électoral. Le Premier Ministre resta en salle diriger personnellement les travaux tous les jours pendant une semaine, écoutant patiemment les dizaines d’interventions de tous ceux qui prenaient la parole.

Le prix du courage politique
La commission constitutionnelle produisit un ‘’ package deal’’ avec une proposition révolutionnaire qui ramenait le mandat présidentiel de sept ans à cinq ans, et surtout limitait à deux le nombre de mandats d’un Président de la République. En plus donc d’avoir inséré la Constitution dans l’agenda des travaux, outrepassant les prescriptions de la feuille de route, la reduction et la limitation des mandats adoptés sous sa houlettes pourraient n’avoir pas été appréciées pour ne pas en dire plus. Un aspect qui renseigne à suffisance sur ce sujet a été le temps mis pour transcrire dans la Constitution les recommandations constitutionnelles de la Tripartite, de 1991 à 1996. Surtout , la déconstruction des innovations introduites dans les années qui ont suivis administra la preuve que celles là n’avaient pas ete bien accuellies.

Plus questionnable fut le fait que par la suite, après qu’il ait été Ministre des Finances, après avoir réussi avec éclat la Tripartite en tant que Premier Ministre, il a été ravale ostensiblement à la fonction inferieure de Directeur National de la BEAC, une mutation qui pourrait être vu par certain comme une punition, sans pensées d’accusation de quiconque.

J’étais allé le rencontrer en compagnie d’Antar Gassagay de regretté mémoire à l’ agence BEAC de Yaoundé. Nous n’avions plus devant nous l’homme enthousiaste de la Tripartite ; et dans son propos très mesurés transpirait une déprime certaine et un esprit meurtri.

Revenant à la Tripartite, lorsque s’achevèrent les travaux en commissions, une restitution fut faite à l’assemblée de tous les participants et tous nous apposâmes nos signatures sur le document final. Le Premier Ministre se leva et l’Honorable Ebongalame entama l’hymne national, lui qui le premier jour après le mot introductif du Premier Ministre pris la parole pour demander su ‘un drapeau national soit apporté dans la salle.

A la fin de l’hymne, tous nous nous sommes dirigés vers l’estrade pour féliciter le Premier Ministre d’avoir, par sa maestria pendant ces jours dramatiques, éloigné notre pays du borf du gouifre d’une discorde politique aux conséquences imprévisibles . Et lui, il était là, serrant la main, le triomphe modeste derrière son sourire énigmatique.

Oui, c’était assurément un homme meurtri qui nous quitte aujourd’hui. Il avait servi le Cameron , il etait resté loyal jusqu’au bout de son parcours; il a été un patriote doublé d’un vrai homme d’Etat. Qu’il repose en paix.Un homme de dialogue et de courage, un Frere

Par S.M. Célestin BEDZIGUI, Président du PAL

 

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