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Cameroun: Il faut rejeter en bloc la classe politique

Je fais ce post pour clarifier ma position sur l’actualité politique dans notre pays. Ma position est qu’il faut rejeter en bloc la classe politique pour la simple raison qu’elle a réduit la pratique politique à la mise en scène des individus dans un contexte où la politique du développement est d’abord et avant tout une affaire de politiques publiques.

L’actuelle classe politique se concentre sur le pouvoir (conquête ou conservation) et l’offre politique est une offre d’alternance que je trouve secondaire. On nous dit qu’en changeant simplement d’individus, le pays se porterait mieux. Plus grave, on nous dit même que c’est une affaire d’ethnies.

Je vais d’abord prendre quelques exemples africains pour montrer les limites de l’alternance non-planifiée et ensuite, je vais montrer que tout ce qui nous arrive aujourd’hui est la conséquence des politiques publiques (choix politiques) appliquées depuis 1960 et que nous devons changer (analyse d’impact).

L’interprétation de l’alternance politique au Bénin et au Sénégal est de plus en plus nuancée dans la littérature sur la démocratie africaine parce que ce sont des pays pauvres en ressources naturelles et où il n’y a pas grande chose à se discuter. Je prendrai le cas de la Guinée-Conakry qui est considérée en Afrique de l’Ouest comme le pays le plus riche en ressources naturelles et qui est aussi, paradoxalement, parmi les pays les plus pauvres d’Afrique. C’est le premier pays indépendant d’Afrique subsaharienne qui a connu sa première alternance “démocratique” en 2010.

Sauf que depuis cette année-là, l’opposition bloque le fonctionnement du pays dans le but de faire échouer le président au pouvoir (Alpha Condé). Elle veut pouvoir scander en 2020: “10 ans, zéro”. Quelle opposition! On se sépare à ce niveau. Oui, Alpha Condé aurait échoué en 10 ans mais, qui aurait gagné? Nous nous trompons le plus souvent de cibles: qui est le bénéficiaire de nos actions? Pour qui nous battons-nous? Pour un individu ou pour l’ensemble des citoyens? Dans les pays qui se développent, l’intérêt collectif est supérieur à l’intérêt égoïste des politiques. C’est d’ailleurs pour cela que certaines politiques publiques ne changent pas que l’on soit de gauche ou de droite, républicain ou démocrate. Mais, chez nous, les projets politiques sont taillés à la dimension des individus, ce qui conduit à la personnification de la politique.

Je pense que nous devons de plus en plus penser à l’intérêt collectif et arrêter de personnifier les débats politiques. Mourir pour un individu, ne suffit pas à garantir l’amélioration des conditions de vie de nos enfants. Il semble que Georges Weah, Président du Liberia, n’arrive pas à payer les salaires? Les gens ont élu la star en oubliant que cela ne suffit pas pour créer des recettes à l’Etat. Comme Ouattara qui a fait 10 ans de guerre pour arriver au pouvoir, il n’aura pas d’autre choix que de surendetter le pays, le mettant de fait durablement sous tutelle des places financières. Pourtant, un bon candidat aurait proposé des solutions endogènes.

Je vais maintenant m’intéresser au sujet d’actualité au Cameroun. Il semble qu’il y aurait une ethnie où les gens sont “bêtes” et une autre où les gens sont “intelligents”, et que ce serait cela le problème ou la solution du pays selon le camp dans lequel on se trouve. Ce raisonnement qui cristallise tant d’attention est a-scientifique dans la mesure où tout être humain naît tabula rasa (table rase) et prend la coloration de son environnement. Barack Obama est kényan? Non! Il est américain comme tous les autres américains qui ont grandi dans le même environnement que lui. Les enfants d’Africains nés en France sont-ils africains? Non! Ils sont français comme tous les autres enfants français. Je défends ici que tout ce qui nous arrive en 2019 est le résultat des politiques publiques qui étaient appliquées dans notre pays et qu’il faut identifier et changer si nous ne sommes plus d’accord (analyse d’impact).

Par exemple, jusqu’autour des années 2000, les élèves titulaires du CEPE de moins de 14 ans n’avaient pas le DROIT de faire l’enseignement technique. En d’autres termes, l’esprit de l’orientation scolaire et professionnelle était de réserver l’enseignement technique à ceux qui échouaient beaucoup à l’école. C’était dramatique pourtant, cela s’est appliqué sur toute une génération de citoyens. Cela veut dire quoi dans les faits? Que l’on retrouvait majoritairement en enseignement général les enfants de fonctionnaires qui encadraient bien leurs progénitures et en enseignement technique, les enfants de commerçants et de paysans qui ne donnaient pas l’importance à l’école. Qui sont les chômeurs depuis les années 2000? Ce sont principalement ceux qui ont fait l’enseignement général et qui n’ont ni métier ni qualification professionnelle. Cela veut dire que l’Etat poussait parents soucieux de l’avenir de leurs enfants à investir massivement dans l’enseignement général pour obtenir leur chômage. Qui étaient fonctionnaires en majorité? C’est ceux à qui le colon avait laissé le pouvoir. C’est notre histoire qu’il faut assumer pour avancer. Arrêtez de dire que les enfants d’anciens fonctionnaires sont de nature bêtes! C’est l’environnement dans lequel nous avons évolué.

En classe de troisième, nous voulions bien faire la série scientifique (série C) en seconde mais, en vain à cause de nos bonnes notes en anglais et en français. Par conséquent, vous avez de nos jours des scientifiques camerounais qui ne savent pas écrire (le système leur disait que ce n’était pas important) et qui ne sont pas compétitifs parce qu’ils ne lisent, ne parlent ou ne comprennent pas l’anglais, langue de la science. Vous voyez les vrais problèmes? En matière de formation, beaucoup de Camerounais se sont retrouvés là où ils ne voulaient pas être, ce qui a été un frein pour leur motivation au travail et leur compétitivité. Tant que l’on ne résout pas dans une politique publique ce problème de frustration, alors on ne résoudra pas durablement le problème de corruption de l’administration publique. L’injustice créée est que les plus intelligents à l’école (fonctionnaires) sont pauvres de par le système, pendant que ceux qui ont échoué à l’école (commerçants, hommes d’affaires de par le système) sont riches. Vous demandez lors de l’exécution d’un marché public que le fonctionnaire signe “gratuitement” pour que celui qui est devenu homme d’affaires parce qu’il a échoué à l’école gagnent “immédiatement” près d’un milliard, un salaire cumulé qu’il n’aura jamais toute sa vie? Vous mentez! Il n’y a pas beaucoup d’avantages aujourd’hui à être aller à l’école: il faut soit corriger cette situation soit fermer les écoles! Au-delà de l’école, ceux qui se sont battus pour réussir sur place sont frustrés: si nous voulons que le Cameroun continue d’exister dans quelques années, il faut corriger cette situation aujourd’hui. Et ce n’est pas qu’un simple problème d’alternance; c’est de la rupture qu’il faut.
L’Etat voulait probablement bien faire mais, il s’est gravement trompé.

Le Cameroun de 2019 est un pays dans lequel les plus intelligents n’avaient pas été orientés vers l’entrepreneuriat, la technique et la technologie, et donc vers l’innovation. Voilà notre maladie principale qu’il faut soigner et qui n’a rien d’ethnique. Je veux voir cela dans un projet politique mais, en vain. On me dit simplement Biya must go: mais, what for?

La campagne électorale s’est déroulée en 2018 dans un contexte pourtant très favorable au débat constructif. Mais que non! On nous a parlé d’ethnies avec le concours qu’il faut passer pour devenir Bulu en référence à ce qu’il faut être Bulu pour réussir. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui cherchent des postes et qui font croire que réussir, c’est être nommé à de hautes fonctions. C’est un autre débat.

Le déficit de la balance commerciale avait explosé en premier trimestre 2018: près de 1000 milliards! Faute à quoi? A l’augmentation massive des importations, y-compris du pétrole! Mais, aucun candidat n’en a parlé, mon Dieu! Et personne ne nous a dit comment créer la richesse sur place! Et vous voulez mourir pour quoi ou pour qui? Pour celui qui de façon populiste dit qu’il va donner l’eau et l’électricité après son élection et qui oublie que le pays a une dette de plus de 6500 milliards qu’il devra rembourser? Vous voulez mourir pour le mensonge de ceux qui ne vous disent pas comment ils vont créer les recettes au niveau local pour construire des autoroutes? C’est bien possible mais, j’aurai bien voulu lire sur le comment pour me décider.

Même si vous aimez bien insulter les doctorats, cela nous donne au moins la capacité de lire les gros-documents qui vous “épatent” et de déceler les incohérences et les non-pertinences. Faites attention mes amis. Nous entrons en brousse à cause de la personnification de la politique. Lorsque vous dites aux “intellectuels” camerounais de se concentrer pour évaluer les politiques publiques appliquées jusqu’à ce jour et faire des propositions pertinentes pour sortir le pays du marasme dans lequel il se trouve, ils démissionnent et trouvent plus facile de scander “Biya must go”. Nous sommes dans un pays où les têtes pensantes ont démissionné. Ceux qui doivent éclairer la foule cherchent plutôt à plaire à la foule. Au jour le jour, l’on voit dans leurs prises de parole qu’ils sombrent avec la foule. Le pays coule avec les penseurs à bord. Ils font des selfies de l’eau qui entre dans le bateau pour se mettre en scène. C’est ce qui me fait le plus mal. Il faut être capable de dire non à la foule et de l’éclairer quitte à être impopulaire. A chacun son rôle dans la société. Lorsque les gens brûlent un hôpital, c’est pour faire mal à qui? A Paul Biya qui se soigne en Suisse? Soyons sérieux et arrêtons de nous faire mal à nous-mêmes!

Voilà la Diaspora actuelle qui pensent que ce qu’elle a de mieux à faire, c’est de s’attaquer à la visite de leurs chefs traditionnels. Pendant ce temps, l’Etat exproprie les villageois de leurs terres pour remplir son domaine privé facile à mettre à la disposition des multinationales. Au lieu de se mobiliser pour faire obstacle à ce projet foncier dévastateur pour le milieu rural, nous gaspillons notre énergie à détruire le peu de droits politiques qui existent dans notre pays.Nous nous attaquons à un citoyen à cause de son opinion politique: c’est pire que Biya, non? Et par conséquent, vous ne serez jamais chez vous en Occident et revenus au Cameroun, vous n’aurez plus de chez vous. Cela ne vous semble pas important que les multinationales achètent bientôt mêmes les tombes de nos parents. Vous allez les exproprier? Avec quels moyens?

Nous pouvons passer la journée à énumérer autant de cas de paradoxes. C’est pour cela que j’appelle à rejeter en bloc toute la classe politique actuelle qui nous éloigne des réelles préoccupations du pays. Il n’y aura pas de vide. Il y aura une nouvelle classe politique qui naîtra dans les années à venir et qui nous mettra tous d’accord. Une classe politique qui ne stigmatise personne et qui traite des politiques publiques pertinentes pour notre développement harmonieux et collectif. Cela passe par une étude d’impact car, on ne peut pas critiquer ce que l’on ne connaît pas. A ma connaissance, l’heure est au boulot!
L’espoir existe!

Une analyse de Louis Marie Kakdeu

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