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Bernard B. Dadié for ever : Voici sa dernière signature littéraire

Ce post est réservé aux amateurs de la lecture. De la bonne littérature. C’est l’extrait d’une préface. La préface de mon livre qui n’a pas pu paraître en France depuis novembre 2015. La préface d’un livre qui paraîtra malgré tout. Dans six mois. Dans une collection de la Résistance africaine.


Bernard B. Dadié était au soir de sa vie. C’était à Abidjan, le 7 avril 2015. Il décida de léguer son testament littéraire à la jeunesse. La jeunesse africaine décomplexée. Une jeunesse « en proie aux appétits impérialistes ». Bernard B. Dadié avait écrit pour nourrir son rêve de voir une « Afrique Nouvelle ». Libre. Décomplexée.


Malheureusement, les relations internationales sont dominées par la logique des puissances. Le problème est que ces puissances perdent le sens de l’humanité. La France, puissance (néo)coloniale de l’Afrique (francophone), perd le sens de la démocratie. Ce pays, qui sort progressivement du top 30 mondial des pays démocratiques, continue d’être le principal problème du sous-développement de l’Afrique. Sa logique est et demeure de contrôler la politique pour contrôler l’économie. Elle continue de diviser, de piller, de tuer les espoirs de liberté et de développement. Elle utilise les “peaux noires, masques blancs” (Frantz Fanon).

Elle accorde la légion d’honneur à ses sous-préfets qui l’aident à piller l’Afrique. Curieux, non? Si la France était démocratique, alors l’Afrique serait déjà développée.  Il faut arracher sa liberté ? Oui, mais plus au prix des centaines de milliers de morts. La démocratie nous offre aujourd’hui les outils de la lutte pacifique sans effusion sanguine. C’est le peuple souverain qui décide. C’est lui qui sanctionne. C’est lui qui a sanctionné François Fillon en 2017. Le peuple français dans sa majorité est maintenu dans l’ignorance. L’ignorance de ce qui se passe en Afrique. L’élite dirigeante ne leur montre que l’image d’une France en mission humanitaire en Afrique. Vous comprenez que c’est en France qu’il faut libérer l’Afrique, sans plus verser une seule goutte de sang en Afrique.


Mon livre n’est pas paru en France. Mais, il paraîtra tel que le citoyen français lira. Il est un appel urgent à la démocratisation de la politique africaine de la France. Le sentiment antifrançais ira progressif. Le mouvement « France dégage ! » en vogue au Sénégal envahira l’Afrique. Bernard B. Dadié a préfacé ce livre en émettant le vœu suivant : « Je signe cette préface pour que jamais ne s’éteigne la flamme du sacrifice pour l’Afrique. Je signe cette préface pour donner une chance à la réconciliation entre la France et l’Afrique ; non pas comme un projet facultatif, mais comme un impératif pour la cohésion sociale entre les deux peuples. D’un arbre, des oiseaux par leur chant disent aux hommes : Faîtes comme nous ! »


Ô grand Résistant. Grand Maître. Vas le cœur flamboyant. De ces rides que dessinait ton visage, je voyais la signature d’une vie accomplie. Vas le cœur léger. Car le témoin a été passé. Vas et précède nos pas. Car le chemin est long. Car nous prendrons volontiers ce chemin que nous imposent les prisons de notre vie. Vas et vis à jamais. Car tes œuvres chanteront tout joyeux ton nom. Vas et retourne à cette terre d’où tu es venu. C’est le chemin de la sanctification en Afrique. Vas pour retrouver la vie éternelle. Car les morts ne sont pas morts. Tu seras avec nous dans les pensées que nous aurons. Tu seras avec nous dans le crayon que nous tiendrons. Tu seras avec nous dans la parole que nous prononcerons. Vas, Mon Doyen. C’est la terre de nos ancêtres qui t’appelle. Vas afin que le combat continue.
Et voici, en exclusivité et en hommage, un extrait de la préface de Bernard B. Dadié. Bonne lecture !


” « J’ai reçu l’ordre de vous arrêter ». Nous étions en 1949 ; et un corbillard nous mena à Grand-Bassam, en prison. PARAISO Albert, Jean-Baptiste MOCKEY, Philippe VIEYRA, Lamad CAMARA, Séry KORE, Jacob WILLIAMS, EKRA Mathieu, c’est en votre nom, à tous, que je lutte encore, parce que l’ordre de nous mener en prison demeure, parce que l’Afrique est toujours une prison et nous, des prisonniers, pour le plaisir de nos oppresseurs.
Que la mer, à Assinie, emporte le quartier France parlait sans doute de changement dans le rapport des peuples, langage que les divers intérêts empêchent de comprendre. Nombreux aussi sont les explorateurs que nous dénonce un ciel plein d’orage qui nous empêche de dormir, et nombreux aussi sont les morts que les canons accouchent.

Les femmes toujours marchent et à leur côté des hommes pour la lutte contre les injustices. Abidjan, Dakar, Yaoundé, Libreville, Lomé, Bamako, Brazzaville, etc., Cour Pénale Internationale (CPI) ; sommes-nous sortis de leur prison?


Né pendant la première guerre mondiale, j’ai vécu la seconde ; je connais le prix de la privation de liberté. C’est ainsi que je me suis engagé dans le combat de la résistance pour la démocratie ; la démocratie effective ; la démocratie par le bas ; la démocratie des peuples ; C’est ainsi que j’ai toujours milité pour le rejet de la suprématie ; le rejet de l’idée de la race « supérieure » qui écrase les autres races; le rejet de l’idée d’un Nord qui refuse le Sud ; le rejet de l’idée de la démocratie importée ; le rejet de l’idée de la démocratie du bout du canon ; le rejet de l’idée de la culture universelle et de la civilisation mondialisée ; le rejet de l’idée que l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’histoire, comme le prétendait le président français Nicolas Sarkozy, à Dakar, en 2007.


L’indépendance, la liberté, l’émancipation, la démocratie, sont pour les Africains une aspiration légitime que nul ne saurait empêcher sans se retrouver du mauvais côté de l’histoire. Jetés en prison, à cause de leurs aspirations pour la liberté, nombre d’Africains gardent une image tragique de la colonisation. Elle fût violente ; brutale et barbare. Elle fût indigne de l’humanité, lugubre, infâme et sournoise. Elle fût intolérante pour la diversité ; intolérante pour la différence ; intolérante pour la liberté. Les pays colonisateurs, dont la France, ne peuvent pas changer ; car l’asservissement de l’Afrique est la rançon de leur survie.


Né au début du 20ème siècle, je suis toujours vivant au début du 21ème, avec la même ferveur, la même détermination et la même conviction que le salut de l’humanité réside dans la justice et dans l’égalité de traitement. Tout le long de ma vie, j’ai vécu des conflits de personnes ; cela n’a fait qu’enfoncer le bas peuple. J’ai vécu des guerres d’intérêts économiques ; cela n’a conduit qu’à l’exploitation humaine. J’ai vécu des guerres idéologiques et des guerres de civilisations ; cela n’a érigé que des clivages.
Au soir de ma vie, je suis arrivé à la conclusion que les conflits armés ne sont pas la solution aux problèmes du monde.


Un peu de justice et de dignité serait l’idéal; un peu de concorde sociale ferait du bien à l’humanité. Quand je parle de justice et d’égalité de tous devant la loi ; je ne parle pas de la justice des vainqueurs que dis-je, de la justice des plus forts du moment, comme celle actuellement appliquée dans mon pays, la Côte d’Ivoire. J’ai compris que le simple respect des droits de l’homme ferait du bien à tous; mais, les droits de l’homme conçus comme égalité des êtres humains; les droits de l’homme conçus comme droit à la vie ; droit à l’intégrité physique et morale ; et non comme la légitimation de la domination des uns par les autres ; et non comme le droit des uns de coloniser ou de recoloniser les autres. Je ne parle pas de l’instrumentalisation et du marchandage des droits de l’homme pour assujettir et humilier son semblable.
La liberté individuelle et collective ferait du bien au monde. Quand je parle de liberté, je parle de la liberté d’expression, de la liberté d’opinion, de la liberté de pensée et de la liberté de circuler ; je ne parle pas de la liberté à sens unique, de la liberté des uns de faire la guerre aux faibles, sans conséquences, de la liberté des uns d’avouer leurs crimes contre l’humanité, sans poursuites judiciaires et de la liberté de certains de circuler partout dans le monde, sans réciprocité.


Au soir de ma vie, je souhaiterais laisser un monde juste et équitable, un monde sans préjugés, ni a priori où les Africains seront jugés sur la base de leurs valeurs intrinsèques et non plus sur la base de leurs origines, pis, de la couleur de leur peau.
Au soir de ma vie, j’appelle à la mobilisation de tous les résistants. J’appelle à la mobilisation de tous les démocrates du monde entier. J’appelle à la mobilisation de toutes les bonnes volontés. Mobilisation pour l’Afrique, mobilisation autour de l’Afrique, autour de son patrimoine, mobilisation pour sa libération, mobilisation pour la justice et mobilisation pour qu’elle soit faite ; justice pour les honorables résistants qui nous ont précédés et qui ont été sauvagement assassinés, mobilisation pour les résistants de conviction, conviction des hommes libres pour la démocratie ; pour le progrès social, pour la souveraineté de l’Afrique, pour la dignité de l’homme noir et mobilisation pour l’union de toutes les forces de la résistance ; car l’union fait la force.


J’appelle avec insistance à la mobilisation pour les héros de la révolution africaine, à la révolution historique ; pour hâter le beau temps qui vient après l’orage, à la mobilisation pour la réhabilitation de l’Africain ; réhabilitation dans sa dignité, réhabilitation dans son existence, à la mobilisation pour la réhabilitation des hommes qui n’ont pas commis les pires atrocités du monde, à la mobilisation pour la réhabilitation des hommes qui n’ont pas pollué l’environnement mais, qui subissent les colères de la nature, à la mobilisation pour la libération totale et la réhabilitation des prisonniers innocents, militants de la paix.
J’appelle en permanence à la mobilisation pour sauver des vies, les vies des innocents qui ne fabriquent pas les armes à destruction massives. Mobilisons-nous !


Il n’y aura point de démocratie avec les armes. Il n’y aura point de paix dans la prédation. La prédation des êtres cupides, la prédation des prétendus « civilisés ». Mais, je me plais de dire que la prédation sera impossible dans une société émancipée, dans une société africaine où la jeunesse est décomplexée, dans un monde où les niveaux d’éducation entre les peuples s’équivalent. En cela, le livre de Louis-Marie KAKDEU en est une illustration parfaite. La jeunesse africaine émancipée ne se laissera pas faire. Elle ne se laissera plus faire. Il faudra faire avec elle ou l’exterminer. Alerte à ceux et à celles qui veulent remettre l’histoire à rebours!”
….
La suite, dans six mois.

Louis Marie Kakdeu

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